Plongée souterraine dans une mine abandonnée au sud ouest de la France

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Plongée souterraine dans une mine abandonnée au sud ouest de la France

Message par Akronyme le Sam 23 Déc - 14:23

Pour ceux qui me suivent sur facebook, ce sera un peu une redite, mais je préfère le forum pour les discussions, ça a un côté plus pérenne.
Il y a de ça quelques années (2 ou 3 je m'en souviens plus), il y avait eu un article d'Octopus sur une ancienne carrière de pierre à Saint-Même où l'eau avait repris son droit et la carrière submergée acquis un statut de place to dive. Les images étaient superbes et je me rapelle avoir fatigué tant Eric que Jean-Michel sur la beauté ineffable du lieu. On était en train de préparer une sortie Frog et on avait encore pas mal de blocs à gonfler et de mon côté j'étais bien gonflant lol!
Mais le virus était inoculé, pas moyen de revenir en arrière, les antiviraux habituels (oxygers, IDA et autres DC55) n'y firent rien, j'étais mine (haha) de rien en train de sombrer sous plafond... Wink
J'enchaîne les années, une découverte de la sout dans le Lot en ouvert (cavern + intro to cave, où je fais la connaissance de Fabrice Couraud de Aquatek, responsable de la mine de Saint-Même), le rEvo, le normoxique, tout ça... et je me retrouve avec Frank Vasseur qui me propose de faire un cross over de ouvert à CCR et un cursus "mine diver" à Saint-Même. Après m'être âprement battu avec mes collègues pour pouvoir prendre des vacances la semaine avant Noël, je me retrouve mardi passé avec une voiture blindée de matos à traverser la France par le Mordor (comprendre le centre de la France par les transversales, pas une autoroute... c'est long...)
L'arrivée au gîte (tout a été organisé de main de maître par le même sieur Vasseur) me remotive un peu, joli coucher de soleil sur les vignes de Cognac, ça augure du bon

A peine le temps de boire l'apéro de la région (un pineau fort goûtu), on tchatche plongée et on entre dans le vif du sujet, les mines de la région. En activité depuis la fin du moyen-âge jusqu'en 1975, la pierre blanche de Saint-Même a été la base de construction dans toute la France et même au Québec! La manière d'extraire la pierre (à la scie, puis la scie à ruban) à la manière des piliers perdus (donc en laissant des piliers pour que ça ne s'effondre pas) a une importance capitale pour la plongée, en effet, cela génère une poussière qui est très volatile. C'est pas gênant en soi, mais il faut être bien propre sur le trim! L'avantage (car il y en a un), c'est la solidité et la stabilité de l'ouvrage. A contrario des sites qui ont pu être fractionné à la dynamite, très peu de risque d'éboulement, c'est rassurant! De toutes façons, je suis meilleur au trim qu'au dégagement sous gravats... Wink C'est la tête pleine de graffitis des carriers et un petit peu d'appréhension que je vais me coucher...
Le lendemain c'est la partie théorique, les spécificités de la mine par rapport aux cavités naturelles. Principalement ce sont les techniques de recherche de fil et de navigations qui diffèrent. Ici, pas question de se repérer aux ondulation du courant sur la pierre pour trouver la sortie, ni de faire le tour de la mine façon cône de recherche pour le fil perdu, beaucoup trop grand! Autant dans les boyaux l'intérêt du compas est limité (à moins de faire de la topo), autant il est ici indispensable! Pour vous faire une idée, voici le plan d'un des étages de la mine (eh oui, en plus c'est sur plusieurs étages...)

Pour s'éviter de regarder trop le plan (qui est d'ailleurs pas pratique d'avoir sous terre, à moins de le mettre sur le nez du scoot), on prépare des sticky-maps qui symbolisent le parcours que l'on va faire sur nos ardoises. Orientation générale, temps estimé, points de dérivations fixes, etc. Histoire de pouvoir se repérer la moindre si on paume le fil, parce que c'est pas évident qu'on va pas se paumer...
Il faut noter que Fabrice a fait un énorme boulot de ligne et de signalisation, tous les parcours sont fléchés et métrés (tous les 10 mètres!), ce qui aide grandement à la compréhension de la topologie, qui rassure également le formateur, selon ses propres dires! Ce boulot de dingue mérite 100 fois des félicitations tant il permet aux petits newbies comme moi de se former dans un environnement que je nommerais d' "hostile, mais pas trop"!
Suite de la partie théorique, on part à la mine pour faire "au sec" ce que l'on fera dans l'eau plus tard, répéter les mouvements à l'air libre est presque plus difficile que sous l'eau, mais ça permet un apprentissage physique de la chose et un bon rappel pour moi qui n'ait pas été très assidu sous terre ces derniers temps pour cause de formation recycleur principalement. Petite anecdote au sujet de la mine, c'est déjà compliqué au niveau navigation en voiture, et certains se paument déjà à la descente! Ca donne un peu le ton lol!
Il est enfin temps de s'équiper, ça prends de la place et du temps, tout ce bordel pour aller sous terre! Pas question de trucs qui trainent et autres approximations, Frank le laissera de toutes façons pas passer. Avec sa manière bien à lui de te faire comprendre que t'as pas tout bon, un petit sourire en coin et une petite question pertinente qui te font te poser la bonne question et trouver la réponse par toi même. Perso, je trouve ça très formateur, presque autant que quand il rigole dans sa boucle en te voyant galérer sur un exo où tu lui aurait imprudemment dit que "tu allais gérer"... formateur, je vous dit!
On a planifié deux boucles pour cette première plongée, la rouge "historique" et la bleue si on a le temps et les gaz. La rouge est prévue pour les exercices de fil, un endroit s'y prête particulièrement bien, situé entre deux boucles, histoire de pas faire d'un exercice de fil perdu une galère pour retrouver la sortie parce qu'on aurait merdé quelque part. On prends également les scoots (le mien prêté par P@K par l'entremise de Frank) et on les dépose à la jointure des 2 parcours pour l'utiliser sur la boucle bleue, où ce sera plus ballade et moins exos.
Départ dans le petit lac du début, touillé à mort par nos amenée de matos et notre mise à l'eau chaotique (2BO, scoot, la machine, les grosses lampes, on est pas ce qu'on pourrait appeler des ballerines...), avance un peu en braille au début et tout d'un coup la claque! Une visi de malade! Bubble check, check des BO, et on fonce poser les scoot près du portail. Ensuite c'est une succession de "Ho" et de "Whouaou" dans ma tête! Premièrement, sous plafond avec une machine c'est méga silencieux, hyper agréable. Deuxièmement, le lieu est magique! Moi qui adore les friches industrielles, je suis au comble du bonheur! Des poèmes oubliés écrits au fusain laissés par les carriers sur les piliers aux calculs de volumes sortis en passant par la fameuse boite de bouillon cube (sans compter les vieilles bouteilles de pinard qui flottent au plafond), c'est un régale pour les yeux! Une visi tout de même un peu laiteuse par rapport aux images rapportées que l'on voit dans les magazines de plongée... On suit tant bien que mal le fil posé dans les supports de fils électriques abandonnés de la carrière. Le fait qu'il y ait une des phases en rouge n'aide pas à distinguer le fil du parcours, en même temps, le reste est tellement nu que je me demande bien où on aurait pu le mettre ailleurs! Mais bref, 82 minutes après le départ c'est déjà la fin, les exos pliés et mon binôme qui n'a plus que 50 bars d'oxy nous font arrêter la plongée pour ce jour là. Ce n'est que partie remise pour le lendemain. La flotte à 8° ne semble pas si froide et c'est sans sensation de froid que je finis cette journée (spoiler, ce sera pas le cas le lendemain). Voici la courbe du parcours du premier jour, beaucoup de boulot d'équilibrage, on est pas dans des profondeurs facile à gérer pour 3 volumes!

De retour au gîte, l'organisation a ple bon goût d'avoir tout prévu et nous sors le Bauer du garage, le luxe! Un gonflage diluant et BO "un peu boosté" plus tard, on reprends les ardoises pour préparer les sticky-maps du lendemain. Cette fois c'est d'abord le parcours rose (900m tout de même), puis le bleu (environs 500m) qui sont prévu. Calculs des gaz de réchappe au point le plus loin, modifs de BO pour pouvoir les mettre un peu plus streamline (important pour le scoot) et bonne bouffe clôturent la soirée.
de retour au bord du lac de départ (non sans s'être une nouvelle fois presque paumé pour y arriver), on se ré-équipe et c'est plus facile aujourd'hui, plus rapide, on prends l'habitude de faire ça à la lampe de poche. On file sous l'eau et le parcours rose nous tends les bras, enfin c'est le scooter qui me tire sur les bras, plutôt. Quelques réglages plus tard, on s'avance dans l'ordre et la discipline sur le fil de notre plongée. Pierre d'abord, qui fait la nav sur ce parcours plutôt compliqué aux multiples ramifications (pas toutes écrites sur le plan!), moi ensuite et Frank qui joue au serre-file. Après les 3/4 du trajet, c'est l'heure de bosser pour moi, Frank me fait signe d'une panne totale d'électronique et c'est retour en SCR pour la fin de la plongée. Déjà qu'avec 2 mains j'avais de la peine à tout gérer (éclairage, Valsalva, gestion des volumes, le fil et les équipiers à valider plus la ppo2 de mon mCCR dans un profile yo-yo), on rajoute une purge toutes les 5 respirations (ça descends pas beaucoup la ppo2 quand tu es en scoot à rien foutre de tes jambes), vazyléon comme c'est dur! Je m'en sors, mais le trim est pas propre du tout, et la gestion de la flotta se fait un peu au scoot... :rigole:
Voilà le profile du rose:


Retour au point de départ et c'est la défection pour mon collègue Pierre, il se les gèle et ça se voit! De mon côté ça va encore, mais les gants étanches ne seraient pas un luxe! La purge pipi est par contre fortement appréciée... passons! En fait, à rien palmer avec le scoot, tu te refroidis pas mal, c'est même franchement surprenant la différence avec le jour précédent. On décide avec Frank de repartir pour le bleu, parce que j'ai pas fait 1300 bornes aller-retour pour craquer à 12 mètres du fil bleu, non mais!
On y va "à l'envers" prenant tout d'abord les passages "techniques" ou un peu plus intimes comme qui dirait. Ca change la perception de la plongée et paradoxalement je me sens mieux quand "ça frotte" que quand c'est très large (il parait que je suis atteint de spéléologite aigue...). L'exercice est cette fois le retour en ouvert, et là... Quel choc, les copains! Les bulles font un bruit infernal en explosant au plafond plat et quasi lisse, c'est un festival de roulements en tout genre. Seul avantage, le poumon ballast! Ca aide dans ces profiles de plongée dans moins de 12 mètres de flotte! Retour au bercail, donc, et je suis bien obligé de constater que merde, effectivement on se les pèle! Je profite des camarades pour enlever les BO, j'ai pas encore récupéré mes mains!
Voilà le profile de la ballade:


La suite c'est malheureusement la rentrée de nuit, pas trop palpitante, mais avec la tête pleine de souvenir et le désir d'y retourner mettre les palmes!

Je vous laisse sur 2-3 image de Frank (pas cette fois là, il y avait trop à faire pour s'embarrasser en plus du matos photo):
















Ainsi que les 3 affreux protagonistes du jour:





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Re: Plongée souterraine dans une mine abandonnée au sud ouest de la France

Message par acetyl-coa le Sam 23 Déc - 18:34

Merci pour ce CR, bien plus sympa et agréable à lire que sur FB.

Très belles photos.

Dommage que l'eau soit si glaciale...
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Re: Plongée souterraine dans une mine abandonnée au sud ouest de la France

Message par ebourzeix le Dim 24 Déc - 6:23

wahou ! merci Thomas pour ce beau CR, je sens que tu es revenu avec plein d'images dans les mirettes Wink

à un moment tu racontes que la carrière possède plusieurs niveaux, il y en a combien exactement ?

tu dis aussi que la pierre était exportée jusqu'au Québec, c'est incroyable !
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Re: Plongée souterraine dans une mine abandonnée au sud ouest de la France

Message par Akronyme le Dim 24 Déc - 15:59

Exactement combien, je n'en sais rien, mais de plongeable il y en a deux, les passages se font depuis les parcours de l'étage innondé principal.
Pour l'exportation, je crois que c'est plutôt que quand on est riche, on a ce qu'on veut Wink J'imagine que c'est plus anecdotique, l'ayant lu dans un bouquin venant de l'office du tourisme du coin!
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Re: Plongée souterraine dans une mine abandonnée au sud ouest de la France

Message par ebourzeix le Dim 24 Déc - 20:15

deux étages c'est déjà pas mal :thumb:

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